Un chiffre suffit à bousculer les certitudes : près d’un étudiant sur cinq choisit aujourd’hui l’alternance. Derrière cette statistique brute, une réalité concrète : un modèle qui séduit parce qu’il répond, enfin, à deux aspirations majeures. Apprendre un métier sur le terrain, toucher du doigt la réalité de l’entreprise, tout en percevant une rémunération, voilà l’équation gagnante. Mais, contrairement à ce que l’on imagine, le système de rémunération de l’alternant ne s’improvise pas. Il obéit à une mécanique précise, dictée par des règles et des exceptions qu’il vaut mieux connaître avant de signer.
Alternance : qu’est-ce que c’est ?
L’alternance, c’est bien plus qu’une simple formule d’apprentissage : c’est l’opportunité de se former à un métier tout en s’immergeant pleinement dans la vie d’entreprise, ses codes, ses exigences, ses habitudes. Ici, la théorie croise la pratique ; l’étudiant jongle entre les bancs de l’école et les missions concrètes confiées en entreprise. À la clé, un salaire, bien réel, pour un engagement tout aussi réel.
A lire également : Les conditions de travail dans une mine en Australie : ce qu'il faut savoir
Deux grands types de contrats structurent l’alternance :
Contrat d’apprentissage
Ce contrat lie un jeune à un employeur dans le cadre d’une formation initiale. Il prépare à l’obtention d’un diplôme d’État (CAP, baccalauréat, BTS, licence, master, etc.) ou d’un titre inscrit au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP). On le retrouve principalement dans la formation initiale, au moment où l’on fait ses premières armes dans le monde professionnel.
A lire également : Attaques par mot de passe : Ce qu'il faut savoir pour se protéger !
Contrat de professionnalisation
Variante du précédent, ce contrat vise davantage la montée en compétences ou la reconversion. Il s’adresse, cette fois, à celles et ceux qui souhaitent compléter leur formation par une qualification reconnue par l’État ou une branche professionnelle. Diplôme, titre, ou certificat de qualification professionnelle sont à la clé. Selon votre profil, l’un ou l’autre de ces contrats pourra vous ouvrir les portes de l’alternance.
Choisir l’alternance : la question du coût
L’aspect financier est souvent le premier motif d’hésitation. Études, logement, transports, manuels obligatoires… la facture grimpe vite. L’alternance, sur ce plan, change la donne. Contrairement aux cursus purement théoriques, l’alternance offre la gratuité des frais de formation, pris en charge par l’employeur, et, cerise sur le gâteau, une rémunération mensuelle. Le montant oscille de 27 % à 100 % du SMIC selon l’âge, l’ancienneté et le type de contrat. Un vrai soulagement pour couvrir ses dépenses courantes et se concentrer sur son diplôme. Finies les fins de mois à compter les centimes.
Attention toutefois, chaque contrat (apprentissage ou professionnalisation) possède ses propres règles. La législation diffère et les grilles de salaire aussi. Passons au concret : comment se calcule la rémunération selon le contrat ?
![]()
Salaire en alternance : des grilles spécifiques à chaque contrat
Contrat d’apprentissage : mode de calcul du salaire
Principes du contrat
Au même titre qu’un contrat de travail classique, le contrat d’apprentissage engage l’entreprise à former l’alternant et à le rémunérer pour les missions effectuées, dès la première année. Il s’adresse aux jeunes de 15 à 30 ans (voire plus, dans certains cas), engagés dans l’enseignement technologique, professionnel ou supérieur. Durant la période d’apprentissage, l’étudiant partage son temps entre l’entreprise et l’organisme de formation. Et comme tout travail mérite salaire, ses missions en entreprise sont rémunérées.
Calcul de la rémunération
Le salaire en apprentissage est défini en pourcentage du SMIC. Tout dépend de l’âge de l’alternant :
- Jusqu’à 20 ans inclus : entre 27 % et 67 % du SMIC (ou du minimum conventionnel).
- À partir de 21 ans : entre 53 % et 100 % du SMIC.
L’ancienneté entre aussi en ligne de compte. À chaque année accomplie dans le contrat, le pourcentage de rémunération augmente. On ne stagne pas, on progresse.
Contrat de professionnalisation : rémunération et particularités
Principes du contrat
Le contrat pro s’adresse aux 16-25 ans en formation continue, mais il est aussi accessible aux demandeurs d’emploi en France de 26 ans et plus, ou aux bénéficiaires de certaines aides (RSA, allocation adulte handicapé, etc.). Administrativement, il fonctionne comme un CDD classique.
Modalités de calcul
Ici aussi, la rémunération est indexée sur le SMIC, mais les pourcentages varient :
- 20 ans et moins : entre 55 % et 65 % du SMIC.
- 21 ans et plus : entre 70 % et 85 % du SMIC (ou du minimum conventionnel).
Un autre critère joue sur le montant : le niveau du diplôme préparé. Plus la qualification visée est élevée, plus la rémunération grimpe.
Exemple : un alternant de 24 ans en BTS communication touchera au minimum 80 % du SMIC. S’il préparait un diplôme en dessous du bac pro, la rémunération serait d’au moins 70 % du SMIC.
Cas particuliers et ajustements de salaire
Certains profils bénéficient d’ajustements spécifiques :
- Préparation d’un diplôme de niveau IV : majoration de 10 %.
- Diplôme de niveau III : majoration de 20 %.
Pour les alternants mineurs, l’employeur doit verser au moins un quart du salaire sur un compte bancaire dédié. En cas de handicap reconnu, la prolongation du contrat peut aller jusqu’à un an supplémentaire, assortie d’une hausse de 15 %.
Salaires, cotisations et obligations sociales : le point côté employeur
Jusqu’en 2019, les employeurs profitaient d’exonérations de charges sociales sur les contrats d’alternance. Depuis la réforme « Avenir professionnel », ces avantages ont disparu. Aujourd’hui, les deux types de contrats relèvent du régime général de réduction des cotisations sociales. Seule exception maintenue : le contrat d’apprentissage reste exonéré de cotisations salariales pour la part de rémunération inférieure ou égale à 79 % du SMIC. Au-delà, la rémunération est soumise aux cotisations classiques. À noter : l’embauche d’apprentis n’entre pas dans le calcul de l’effectif pour les obligations sociales de l’entreprise.
Augmentations salariales et évolutions en alternance
Évolution de la rémunération
Le Code du travail, article D 6222-30, prévoit qu’en cas de nouveau contrat d’une durée d’un an maximum, préparant une qualification directement liée au diplôme obtenu précédemment, la rémunération progresse de 15 points par rapport au minimum légal. De façon concrète, si l’alternant enchaîne sur un diplôme complémentaire en lien direct, il bénéficie d’un coup de pouce salarial. Cette règle s’applique aussi à ceux venant d’une formation autre que l’apprentissage.
- Contrat de 1 an maximum.
- Qualification préparée liée à celle précédemment obtenue.
Jeunes mineurs
Pour les alternants de moins de 18 ans, la règle générale s’applique, à l’exception de la limitation à 5 heures supplémentaires par semaine, sous réserve d’accord de l’inspection du travail et d’avis médical.
Alternance et handicap dans la fonction publique
Un alternant en situation de handicap peut bénéficier d’un contrat spécifique dans la fonction publique, applicable pour les contrats conclus après le 1er juin 2020 et jusqu’au 6 août 2024.
Autres situations particulières autour du salaire en alternance
Avantages en nature
Certains employeurs proposent des avantages en nature (repas, logement) déduits du salaire. Ces avantages doivent être détaillés dans le contrat et ne peuvent dépasser 75 % du salaire mensuel net.
Prolongation du contrat
Doublement, réorientation, spécialisation : le contrat d’apprentissage peut être prolongé. Dans ce cas, le salaire minimum correspond à celui perçu lors de la dernière année d’exécution du contrat précédent.
Contrats successifs
Si l’alternant enchaîne plusieurs contrats, même chez différents employeurs, la rémunération minimale doit être au moins égale à celle de la dernière année du précédent contrat (si celui-ci a permis d’obtenir le diplôme visé). Cette règle ne concerne pas les contrats de professionnalisation.
![]()
Sécurité sociale et avantages sociaux pour l’alternant
Protection sociale
En tant que salarié, l’alternant bénéficie de la même couverture sociale que les autres employés : remboursement des soins, indemnités journalières en cas d’arrêt maladie, complémentaire santé de l’entreprise si elle existe. Dès le premier contrat, il est affilié au régime général.
Accidents du travail
L’alternant est protégé contre les accidents du travail et les maladies professionnelles, que l’incident survienne en entreprise, sur le trajet ou à l’école. Pour ceux qui débutent, il suffit de remplir la déclaration de changement de situation sur le site ameli.fr et de transmettre les pièces justificatives à la caisse d’assurance maladie.
Allocations familiales
Pour les alternants mineurs, les parents continuent de percevoir les allocations familiales jusqu’à 20 ans, à condition que le salaire ne dépasse pas 55 % du SMIC. Un certificat de scolarité récent sera demandé par la CAF pour maintenir le versement.
Aide au logement
Locataire d’un appartement ? L’alternant peut solliciter une aide au logement (APL, ALS…) selon ses ressources et son loyer. Pour connaître le montant potentiel, une simulation peut être réalisée en ligne. Attention, le simulateur est régulièrement mis à jour et certaines fonctionnalités peuvent évoluer.
Chômage
En cas de non-recrutement à l’issue du contrat, l’alternant peut ouvrir des droits au chômage, sous réserve d’avoir travaillé au moins 4 mois (88 jours ou 610 heures) au cours des 24 derniers mois. Le montant et la durée de l’allocation dépendent de la durée du contrat et de l’âge du bénéficiaire. L’ouverture des droits intervient principalement si le contrat est résilié d’un commun accord.
Focus Covid : allongement exceptionnel des droits
Pendant la crise sanitaire, la période de référence d’affiliation a été exceptionnellement prolongée : désormais, les 88 jours ou 610 heures peuvent être réalisés sur 27 mois pour les moins de 53 ans, 39 mois au-delà.
Déclaration des revenus : l’alternant doit-il déclarer son salaire ?
La question fiscale se pose naturellement : faut-il déclarer les revenus perçus en alternance ? Tout dépend du contrat.
Contrat d’apprentissage
Les apprentis sont exonérés d’impôt sur le revenu à hauteur de 18 480 € (plafond 2020, à vérifier chaque année). Au-delà, la part excédentaire doit être déclarée.
Contrat de professionnalisation
Pour ce type de contrat, aucune exonération n’est prévue : tout salaire doit être déclaré, quel que soit son montant.
Comment déclarer ?
Selon l’âge, plusieurs options existent :
- Moins de 21 ans : possibilité d’être rattaché au foyer fiscal des parents, qui déclareront le revenu sur leur propre déclaration (avantage fiscal à la clé).
- Moins de 25 ans : même possibilité, même en alternance. À chaque famille de choisir la formule la plus intéressante.
- Plus de 26 ans : déclaration individuelle obligatoire.
Les dates limites de déclaration varient chaque année. En 2020, par exemple : 4 juin pour la première zone, 8 juin pour la deuxième, 11 juin pour la troisième. Mieux vaut anticiper pour éviter toute mauvaise surprise.
Le panorama est posé : l’alternance, c’est un pied dans l’entreprise, un salaire, des droits, des ajustements, des subtilités. Plus question de naviguer à l’aveugle : maîtriser les règles du jeu, c’est s’assurer une trajectoire solide vers l’autonomie… et l’avenir professionnel qui va avec.

