Quand Airbus annonce un record de livraisons ou un virage stratégique sur le programme SCAF, c’est le même nom qui revient : Guillaume Faury. Nommé CEO d’Airbus en avril 2019, reconduit en 2022, ce polytechnicien pilote concentre entre ses mains des leviers qui dépassent largement la fiche de poste classique d’un dirigeant d’avionneur.
Pilote et ingénieur d’essais : le profil opérationnel de Guillaume Faury
On ne comprend pas le style de direction de Faury sans revenir à sa double casquette. Il cumule environ 600 heures de vol sur avion et 700 sur hélicoptère. Il est aussi ingénieur navigant d’essais sur hélicoptères. Ce n’est pas anecdotique : son prédécesseur Tom Enders venait du monde de la défense (ancien parachutiste), pas du cockpit.
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Ce bagage technique change la manière dont il interagit avec les équipes programme. Le patron de Dassault Aviation a résumé la chose en disant de lui qu’il « parle cash ». Côté Safran, même constat : « Avec lui, la communication est immédiate. » En interne, cette proximité avec le produit est appréciée, parce qu’elle raccourcit les boucles de décision sur les sujets de montée en cadence ou de certification.
Faury est polytechnicien, passé par l’aéronautique civile et militaire avant de prendre la tête de la division hélicoptères d’Airbus, puis celle des avions commerciaux à partir de février 2018. La trajectoire est linéaire : il n’a pratiquement jamais quitté le secteur aéronautique.
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Rémunération du CEO Airbus : ce que révèle le rapport 2023
Les portraits de presse mentionnent rarement la structure précise du package de Guillaume Faury. Le rapport de rémunération 2023 d’Airbus montre une hausse sensible de la part variable liée à la performance, directement corrélée au rattrapage post-Covid et aux progrès sur la montée en cadence industrielle.
Le conseil d’administration a validé pour 2024 un schéma de rémunération encore plus indexé sur des critères extra-financiers. Concrètement, les objectifs climat, sécurité et conformité pèsent désormais davantage dans le calcul du bonus. Le niveau global de rémunération reste aligné sur un panel international de groupes industriels et de défense, ce qui le place dans le haut de la fourchette des grands industriels européens.
Les composantes du package en résumé
- Un salaire fixe, recalibré périodiquement par le conseil d’administration sur la base d’un benchmark sectoriel international
- Une part variable annuelle dont le poids des critères ESG et de conformité a été renforcé à partir de 2024
- Des plans d’intéressement long terme indexés sur la performance boursière et les jalons industriels (livraisons, cadences)
Vrais pouvoirs du président Airbus : au-delà de l’aviation commerciale
Réduire le rôle de Faury à la gestion des carnets de commandes d’A320 ou d’A350, c’est passer à côté de la moitié du sujet. Il intervient désormais en première ligne sur les arbitrages industriels de la division Defence and Space : montée en puissance des programmes militaires, cadence de production d’avions de transport militaire, équilibre entre civil et défense.
Ses vrais pouvoirs s’étendent bien au-delà du périmètre aviation commerciale. Il préside le comité exécutif d’Airbus, ce qui lui donne la main sur l’ensemble des divisions du groupe, pas seulement sur les avions civils.
Le SCAF, un dossier où Faury pèse directement
Le programme SCAF (Système de combat aérien du futur), projet d’avion de combat franco-germano-espagnol, illustre bien cette étendue. Faury a publiquement appelé à modifier le projet SCAF pour intégrer les enseignements de la guerre en Ukraine. Ce positionnement dépasse la simple posture de communication : en tant que CEO du maître d’œuvre industriel, il oriente concrètement les choix techniques et les calendriers.
Sur ce dossier, il dialogue directement avec les ministères de la défense des pays partenaires. C’est un terrain où le PDG d’Airbus agit autant en négociateur politique qu’en patron industriel.

Guillaume Faury, interlocuteur des institutions européennes sur la politique industrielle
Depuis juin 2023, Faury préside l’ASD (Association européenne des industries aérospatiale et défense). Il est aussi président du GIFAS (Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales) depuis juillet 2021. Ces mandats ne sont pas honorifiques.
Ils font de lui un interlocuteur récurrent des institutions européennes sur les sujets de politique industrielle et climatique. Quand Bruxelles ou Paris arbitrent sur les budgets de défense, les normes environnementales de l’aviation ou les subventions à la décarbonation, Faury est à la table.
- Présidence de l’ASD depuis juin 2023, qui regroupe les industriels aéro et défense à l’échelle européenne
- Présidence du GIFAS depuis juillet 2021, représentant la filière aéronautique et spatiale française
- Membre du conseil d’administration d’AXA, ce qui élargit son réseau au-delà du strict périmètre aéronautique
Ce cumul de mandats lui donne une capacité d’influence que peu de patrons industriels européens possèdent. Il peut porter simultanément la voix d’Airbus, celle de la filière française et celle de l’industrie européenne de défense.
Airbus à Toulouse : ancrage local et dimension mondiale du groupe
Airbus reste le premier employeur privé de la région toulousaine. Faury, basé à Toulouse, gère depuis cette ville un groupe dont les implantations couvrent l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Nord. L’ancrage toulousain n’est pas qu’un héritage : c’est là que se prennent les décisions sur les cadences de la famille A320, colonne vertébrale du chiffre d’affaires.
Les choix de montée en cadence se décident à Toulouse, avec des répercussions directes sur la chaîne d’approvisionnement mondiale. Quand Faury arbitre entre accélérer ou stabiliser la production, il engage des centaines de fournisseurs en France et en Europe.
Le profil de Guillaume Faury combine une légitimité technique rare chez un CEO de cette envergure, un périmètre de décision qui couvre le civil, le militaire et le spatial, et une présence dans les cercles de politique industrielle européenne. C’est cette triple assise qui définit ses vrais pouvoirs, bien plus que son titre officiel.

